La clause coloniale contre les dues réparations !

—- Le n° 389 de « Révolution Socialiste », journal du GRS —

Qu’est-ce qui, en 2025, pousse l’État français, à refuser depuis plus d’un demi-siècle, l’extension à ses Territoires dits Outre-mer, les dispositions juridiques favorables de la Charte Sociale européenne révisée de 1996 ?

Charte adoptée en 1961, ratifiée par la France en 1973 (membre du Conseil de l’Europe), laquelle garantit à TOUS ses ressortissants, des droits sociaux et économiques inaliénables (emploi, éducation, éducation santé, eau, etc.), et assure complémentairement, une protection spécifique, contre les discriminations, aux couches les plus vulnérables de la population (enfants, personnes âgées, femmes, personnes en situation de handicap).

Ces dispositions juridiques couvrent parfaitement, le champ des catastrophes sociales et économiques éprouvées par les peuples de Guadeloupe et de Martinique dont vie chère, eau, chlordécone, etc, sont la face visible !

Pourquoi la patrie de la déclaration des droits de l’homme est-elle si résolument hostile à de telles mesures pour nos populations ?

En février dernier, son actuel ambassadeur (Pap Ndiaye), représentant permanent de la France auprès du Conseil de l’Europe, avait jugé cette situation « anormale » !

Auparavant, en octobre 2024, la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) avait exprimé son indignation en publiant une déclaration adoptée à l’unanimité, insérée au Journal Officiel, dénonçant ce qu’elle considère, à juste titre, comme une « clause coloniale inacceptable »! Rien n’y fait !

Cette Clause coloniale est un « furoncle démocratique » en l’espèce, sur les dispositions à la fois « de leur » article 72-3 de la constitution française, et celui de l’article 1er d’une loi, votée il y a seulement 8 ans, reconnaissant « aux populations des outre-mer, le droit à l’égalité réelle au sein du peuple français ».

Manuel Valls est reparti après une visite de 3 jours, sans qu’aucun journaliste de nous ne lui pose une question à ce sujet. Pourtant, le 17 mars à la veille de son arrivée, France Antilles de Guadeloupe, publiait dans ses colonnes, information relayée sur les Réseaux sociaux, un résumé de la lettre de quatre associations (KIMBÉ RED FWI, VIVRE de la Guadeloupe et LYANNAJ POU DÉPOLYÉ MATINIK ET GAOULÉ KONT KLORDÉKON de Martinique), adressée, le 13 mars au Ministre de l’Outre-mer, lui enjoignant d’intervenir urgemment auprès de son gouvernement, afin que l’État respecte ses propres principes républicains.

On l’aura compris, cette « clause coloniale » reste une « arme » entre les mains de cet État de moins en moins social, contre les demandes légitimes de réparations des associations ! Mé Nou Péké Moli Ba Yo !

La cause de l’eau menacée par la théorie de l’abondance et la vision extractiviste

La montée progressive et inexorable du réchauffement du climat a des effets tant au niveau mondial (2024, la température + 1.5), que dans notre Caraïbe (contrecoups déjà désastreux à Aruba, Bonnaire). Cependant, Météo-France nous annonce une sécheresse plus clémente que celles des 4 dernières années. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, le nouveau président de Odyssi, Daniel Chomet, invité de POLITIK de Martinique la première (26 mars), promet un futur immédiat sans panne sèche, ni pénurie d’eau dans les robinets.

Comment ? En puisant, au nom de « la diversification de la ressource » dans ce cadeau inestimable offert par notre nature : une « eau souterraine abondante », un gisement « mobilisable » évaluée à « 80 millions de m3 d’eau ». Une perspective extractiviste qu’il lie au bon sens, au raisonnable, et au crédible, affirmant qu’il est scientifiquement avéré que le réchauffement du climat a entrainé la baisse du niveau des cours d’eau, toute chose accentuée durant le carême, et que tout prélèvement en rivières dans ces conditions constitue un risque d’aggravation de l’effondrement de biodiversité aquatique.

Mais, nous avons comme un doute ! Sur quelle théorie, quelles données de la science, le président Chomet, dont le « dada » serait l’écologie, et qui cite l’Assaupamar (comme caution ?), a t-il pour dissocier, déconnecter le cycle des eaux souterraines de celui des rivières ? Toute eau prélevée dans une nappe n’aurait-elle pas corollairement des conséquences sur les eaux de surfaces et les écosystèmes environnants ? Une donnée largement admise au sein de la communauté des experts en hydrologie ! Pas en Martinique ?

Certes, optimiser les rendements des tuyaux de distribution (49% de pertes), encourager « l’interconnexion »  et le « partage » donc en rejetant l’idéologie propriétaire, voire de marchandage du Président de Cap Nord, parfaire une politique de tarification sociale accordée au niveau des inégalités etc, tout cela semble relever du bon sens !

Par contre le président CHOMET continue de s’interdire de gagner une autre « cause » de l’eau, toujours occultée par lui, renvoyant en l’espèce, à une vraie démocratie de l’eau et une solidarité territoriale, en refusant d’aborder la question stratégique des usages, des priorités de consommation, de sa juste répartition entre les différents usagers (cf. RS mai 2024)