— Par Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences-Po et spécialiste des relations internationales —
Le temps des relations internationales strictement limitées aux États, à leurs diplomates et à leurs armées est aujourd’hui révolu. Les opinions publiques sont désormais de la partie, tout comme les comportements sociaux qui jadis restaient en lisière de la scène internationale, mais qui, maintenant, projettent l’individu, souvent inconnu et sans grade, dans l’ordinaire souvent dramatique des événements mondiaux.
Autrefois, les identités et les représentations se forgeaient au rythme des nations auxquelles on appartenait et, plus communément encore, à celui de l’environnement immédiat des uns et des autres. L’élan national ou patriotique était l’extension la plus forte des engagements qu’on exprimait ; c’était aussi la plus valorisée. L’absence de communication réduisait pourtant les imaginaires à leur plus simple expression : dans les lieux de misère, celui qui souffrait de carence ou de pauvreté ignorait souvent jusqu’à l’existence même de l’opulence et se réfugiait dans la résignation. La colère, quand elle pointait, restait locale.
Avec la mondialisation, l’urbanisation et l’essor des communications, ces dimensions deviennent obsolètes. Tout le monde, même parmi les moins dotés, voit tout le monde, et l’imaginaire porté par chacun tend à se mondialiser.