Catégorie : Littératures

Le 10e Prix Edouard Glissant (2012)

 

L’université Paris 8, en partenariat avec l’Institut du Tout-Monde et la Maison de l’Amérique latine, a créé en 2002 le Prix Édouard Glissant pour honorer une œuvre contemporaine en affinité avec l’esprit du poète et philosophe de la Relation. Le Prix est décerné chaque année par un comité scientifique. Il est remis officiellement au lauréat lors d’une journée organisée autour de son œuvre. Une bourse d’étude de 5000 € est attribuée, dans ce même esprit, à un(e) doctorant(e) de l’université.

Le 10e Prix Glissant (2012) a été décerné exceptionnellement à deux créateurs: l’artiste photographe Anabell Guerrero et l’écrivain Michaël Ferrier.
La Bourse a été attribuée à Hiroshi Matsui pour son projet de thèse de doctorat « Deux cartographies de la relation (Aimé Césaire, Kateb Yacine, Édouard Glissant) »
Anabell Guerrero, vénézuélienne, vit à Paris depuis 1986. Elle a entrepris une enquête sur les lieux de la découverte de l’Amérique dans le journal Le Monde, qu’elle exposa en 1992 sous le titre « Introuvable Amérique ». Elle a été photographe du Parlement international des écrivains. Elle renouvelle le regard sur l’exil, les migrations, la vie à la frontière, l’entre-deux-mondes, dans les séries: Les Réfugiés (1998), Totems (2001), Aux Frontières (2002), Voix du Monde (2004) et Cité fragile (2009).

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L’argent de la phobie anti-immigrés

Par Catherine Simon

 

Contrôler les migrants étrangers, les enfermer si nécessaire, surveiller les frontières par tous les moyens : on n’a rien inventé de plus profitable ni de plus efficace au cours des dernières décennies. Vous sursautez ? Vous avez tort.

En termes de profit et de marketing politique, les migrants sont une excellente affaire. C’est ce que démontre cet essai percutant, précisément documenté et qui se lit sans peine. Les sociétés privées de sécurité, tout comme l’industrie de l’armement, ont su, très vite, occuper le créneau. Ainsi, l’entreprise multinationale G4S, dont une partie de l’activité est consacrée à la « gestion » de l’immigration (celle de centres de détention du Royaume-Uni notamment), emploie aujourd’hui près de 650 000 personnes.

Quant aux fameux drones, ces avions sans pilote, ils sont utilisés, depuis le milieu des années 1990, à des fins non militaires – en particulier pour la surveillance des frontières. Celle séparant les États-Unis et le Mexique a été la première, en 2005, à « bénéficier » des services d’un drone, le modèle Predator B, de la société General Atomics.

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Rumeurs d’îles : La poésie vers de nouveaux horizons


Jo Ensfelder

par Rodolf Etienne
Jo Ensfelder, comédien, poète, passionné de littérature, après « Solitude cannibale », nous revient avec un nouveau recueil de poésie inspiré par les Haïkus japonais. Une inestimable douceur à consommer sans modération…
Peut-on imaginer plus douce littérature que celle qui, plus que des mots, charroie des humeurs en autant de correspondances que l’âme peut en supporter ? Peut-on imaginer plus douce musique que celle qui parle à l’âme, lui sussurant à l’oreille des douceurs tellement belle qu’elle ne saurait y résister. Peut-on, enfin, imaginer, l’aurore primordiale comme un beau pays rêvant au soleil ? Oui ! On le peut ! Jo Ensfelder, avec ses 49 Haïkus, tirés du recueil « Rumeurs d’îles », nous convie à une quasi initiation, tout au moins à une élévation de l’esprit, de l’imaginaire et de l’âme tout ensemble. Écoutons plutôt : « La mangue. Sa dévorante couleur. Patience de l’arbre. Pluie de carême. Une fleur dans la boue. Son parfum intact… » Musique des mots, pulsions de terre, rumeurs de vague, déboulante de tendresse, d’harmonie comme une avalanche d’amour sur le cœur assoiffé.

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Que l’espérance demeure

de Wébert Charles et Denise Bernhardt

Poèmes à quatre mains, publiés aux Editions du Vert-Galant.

 Par Jeannine Dion-Guérin*

De la Société des Poètes Français

 

 

Il y a, dans la chair des Haïtiens, une blessure ouverte indéfiniment empêchée de se refermer. Poétesse française et femme de cœur, Denise Bernhardt tente de s’en approcher en établissant avec les artistes, un dialogue à long cours sur le mode sensible qui lui appartient, grâce à un échange continu avec ces îliens, riches de courage et d’endurance.

En Haïti, « on parle dans la démence » et « c’est aussi simple que se laver les mains » dit Wébert Charles.

Or chacun possède sa propre « démence », qu’elle soit d’ici ou d’ailleurs, et le devoir de s’y atteler :

« Libérés de nos chaînes/ Et de la malédiction/ Du temps des Origines. » D. Bernhardt

C’est ce que tenteront W Charles , natif de Port-au-Prince et D B qu’une meilleure providence a fait naître à Cannes, par le biais de poèmes à quatre mains, publiés par le Vert-Galant, sous la forme d’un livre soigné et prometteur de résilience : « Que l’espérance demeure ».

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« Mon interlocuteur »

— par Térèz Léotin —

Marguerite Donnadieu, Aurore Dupin, Françoise Gourdji, François Marie Arouet, Henri Beyle, Louis-Ferdinand Destouches, Isidore Ducasse, André Pétricien, André Pierre-Louis, Jean-Baptiste Poquelin, Frédéric Louis Sauser, sont les noms d’état civil d’auteurs français connus. Cependant pour leurs activités d’écriture, ces noms ne figurent que dans leur biographie, et beaucoup parmi nous les ignorent parce que Marguerite Duras, George Sand, Françoise Giroud, Voltaire, Stendhal, Céline, Lautréamont, Tony Delsham, Monchoachi, Molière, Blaise Cendrars, sont respectivement leur nom de plume.
Vous viendrait-il à l’idée de débaptiser Françoise Giroud en la renvoyant à son nom d’état civil Gourdji ? En feriez-vous de même pour Marguerite Duras (Marguerite Donnadieu), George Sand (Aurore Dupin), Stendhal (Henri Beyle), Voltaire (François Marie Arouet), Tony Delsham (André Pétricien), Monchoachi (André Pierre-Louis), Molière (Jean-Baptiste Poquelin), Céline (Louis-Ferdinand Destouches), Lautréamont (Isidore Ducasse), Blaise Cendrars (Frédéric Louis Sauser) ? Ou même Johnny Hallyday l’appelleriez-vous Jean-Philippe Smet ? Refuseriez-vous à Jacques Delmas son nom de résistant Chaban, comme vous vous êtes entêtez à le faire pour Boukman ?
Le droit français admet l’usage d’un pseudonyme. Il est même possible que celui-ci figure sur la carte d’identité à côté du vrai nom.

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L’écrivain-chamane

 par Yann Garvoz

Auteur du roman Plantation Massa-Lanmaux, aux éditions Maurice Nadeau

  

L’ouverture de l’exposition Les Maîtres du Désordre, au musée du Quai Branly (11 avril-29 juillet), accompagnée de rencontres, conférences, projections et programmes radio (émission Tout un Monde sur France Culture, les 10 17 et 24 avril) est venue consacrer le chamanisme comme un concept dans l’extension duquel pouvaient se croiser de nombreuses tendances, aspirations et réflexions de notre époque. L’écrivain a son tour peut y trouver de quoi penser sa pratique, et aussi un appui pour étendre son exploration du champ de l’expérience humaine sous un nouveau paradigme.

Après avoir été négligés par l’anthropologie structuraliste des années 1970, les rituels africains, asiatiques, nord ou sud-américains, de possession et de communication avec un autre monde, ont retrouvé la faveur des chercheurs, mais aussi celle du public occidental — au point qu’un “tourisme chamanique” se développe, plus ou moins naïf, plus ou moins respectueux, plus ou moins dévoyé.

Que vont chercher ces occidentaux, dans les cérémonies gabonaises associées à la prise d’iboga, ou au festival des “divinités noires” (vaudous) du Togo, ou lorsqu’ils vont quémander leur adoption par des plantes totémiques en Amazonie (le vaudou haïtien semblant hors d’atteinte actuellement) ?

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Lire avec des yeux de peintre

Par Thierry Clermont

 

De tout temps, les artistes ont interprété les œuvres des écrivains et des poètes.

Peinture et littérature ont toujours fait bon ménage. Que l’on songe, pour le seul XXe siècle, aux couples contemporains formés par Balthus et Rilke, Magritte et Mallarmé, Matisse et Aragon, Zao Wou-ki et Michaux, Chagall et Cendrars pour ne citer qu’eux.

René Char, qui s’était lié d’amitié avec Nicolas de Staël, voyait dans les peintres les «alliés substantiels» des poètes. Sans compter ceux qui ont pratiqué les deux arts: de Michel-Ange à Picabia en passant par Byron ou Hugo.

Ces rencontres croisées, parfois à plusieurs siècles de distance, ont donné de purs chefs-d’œuvre, où l’image non seulement commente ou illustre, mais sublime le texte, en apportant une vision singulière à l’œuvre écrite. Quelques illustrations cardinales des grands classiques:La divine comédiede Dante interprétée par Botticelli puis par Gustave Doré (lequel avait magnifié Pantagruel et Gargantua), Les Fleurs du mal revisitées par Delacroix, Courbet, Cézanne, Félicien Rops… et opus mixtum entre tous: Les Fablesde La Fontaine qui ont inspiré depuis trois siècles Boucher, Fragonard, Oudry, Chagall… et plus récemment Foujita, Dali ou Leonor Fini, la muse italienne d’André Pieyre de Mandiargues.

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Scholastique Mukasonga, Renaudot surprise pour un cri contre l’oubli


  La rwandaise Scholastique Mukasonga, écrivaine rescapée du massacre des Tutsis, a été couronnée mercredi par le prix Renaudot pour « Notre-Dame du Nil » (Gallimard), a annoncé le jury. (c) Afp

PARIS (AFP) – La Rwandaise d’origine tutsi Scholastique Mukasonga, hantée par le spectre du génocide de 1994 où périt sa famille, a reçu mercredi un Renaudot surprise pour son implacable « Notre-Dame du Nil » (Gallimard), devenant le cinquième auteur africain lauréat de ce prix convoité.

La romancière d’expression française figurait dans la sélection de printemps du Renaudot mais avait été écartée par la suite. Elle a obtenu 6 voix au 10e tour de scrutin. Valessis Alexakis et Philippe Djian, absent lui aussi des finalistes, ont aussi obtenu des suffrages.

Née en 1956, Scholastique connaît dès l’enfance les persécutions et les humiliations des conflits ethniques qui agitent son pays. Sa famille est déplacée dans une région insalubre. En 1973, elle s’exile au Burundi puis en France en 1992, deux ans avant le début des massacres qui ont ensanglanté son pays.

Près de 30 membres de sa famille, dont sa mère, ont été assassinés en 1994.

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Le Goncourt sacre Jérôme Ferrari


Jérôme Ferrari a été couronné, mercredi 7 novembre, par le prestigieux prix Goncourt pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), qui fait d’un bar corse l’épicentre d’une fable superbe sur les espérances déçues, les frustrations et l’inéluctable fugacité des mondes. Le lauréat, en lice pour la plupart des prix littéraires cette année, a été choisi au deuxième tour.

Jérôme Ferrari a affirmé avoir ressenti « comme une chute de tension qu’on peut considérer comme une définition correcte de la joie ». « Je suis heureux, notamment pour la maison qui me soutient depuis sept ans dans des conditions qui n’ont pas toujours été aussi favorables. Je n’ai pas encore mesuré ce que c’est », a-t-il déclaré. « Vous savez que Barack Obama a été élu aujourd’hui, vous ne manquez pas un peu de sens de la hiérarchie ? », a-t-il également lancé dans un sourire aux dizaines de journalistes qui l’assaillaient de toutes parts. Son ouvrage a jusqu’ici été vendu à près de 90 000 exemplaires, selon Actes Sud.

SOUFFLE DES SERMONS ANTIQUES

Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari est professeur de philosophie et conseiller pédagogique au lycée français d’Abou Dhabi depuis la rentrée, après avoir enseigné au lycée international d’Alge,r puis au lycée Fesch d’Ajaccio.

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Autiste, un poême de Patrick Mathélié-Guinlet

 

Je ne vois rien

mais ne suis pas aveugle…

Je n’entends rien

mais je ne suis pas sourd

ni muet, pour autant

je ne dis rien

mais n’en pense pas moins…

Et ce monde où je vis,

où je me réfugie,

certes vaut bien le tien !

Tu parles de folie

quand tu ne comprends rien…

Mais c’est la jalousie

qui fait parler ainsi

lorsque ta vie tu rêves

et que souvent t’en crèves

des rêves inassouvis

alors que j’ai choisi

de vivre dans les miens

que j’aime à la folie !

Change donc ton regard

car mon indifférence,

en fait, à ton égard

est juste une apparence,

plutôt ma différence

et d’or est mon silence…

C’est pas une maladie,

différent je le suis,

mais on peut être amis

dans un monde enrichi

si, au lieu de rejet,

vient un peu de respect.

Lors, à bon entendeur

si tu ouvres ton cœur,

l’autiste te salue…

 

Patrick MATHELIÉ-GUINLET

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La rentrée littéraire en Guadeloupe : un album pour les jeunes.

par Scarlett JESUS, critique d’art.
Marielle PLAISIR :
« Les longues nattes de POÉTICA »
Editions JASOR, octobre 2012.

  Poética est une bien étrange petite fille. Une petite fille différente de tous les autres enfants.
C’est en réalité une fille-fleur rêveuse. Elle s’est créée un monde dans lequel elle détient des pouvoirs magiques. Et cela, grâce à une chevelure hors du commun. Deux longues, très longues nattes capables d’agir comme un être vivant.
Les illustrations de Marielle PLAISIR nous introduisent dans le monde poétique de son personnage. Le surnom qu’elle lui attribue est en étroite correspondance, à travers le déroulement de ses quatre longues syllabes, avec les volutes et arabesques sinueuses de ses nattes noires. A l’image du monde imaginaire dans lequel l’enfant se réfugie, c’est un motif végétal, celui de la liane, qui va être utilisé pour représenter ces nattes exubérantes. Dans le même temps, la délicatesse du tracé renvoie à la fragilité de l’enfance, symbolisée par la fleur. Celle que tient Poética, ou celles qui parsèment le récit au fil des pages. Ou encore celles qu’évoquent les robes-corolles de la fillette, tantôt bleue tantôt rouge orangée comme un coquelicot.

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Dans quel état j’erre à la Bibliothèque Schoelcher !

— par Marie-France Sissoko —

Bibliothécaire de mon état, en vacances dans mon île natale, je décide d’inscrire ma sœur à la bibliothèque Schœlcher.

Ce splendide bâtiment emblématique de la ville de Fort-de-France, cité dans tous les guides touristiques me réserve une immense déception.

Après avoir admiré la partie ancienne, je pénètre dans « la verrue » plus récente de la bibliothèque. Quel désappointement !

 Un lieu quasiment vide, suranné, quelques lecteurs désœuvrés…
Une section « études » rappelant l’époque la plus rébarbative des bibliothèques.  La section « jeunesse » : une salle encombrée, un mobilier vieillot, une mobilité sûrement très réduite pour les « ti-moun » qui fréquenteraient l’établissement (mais je n’en ai vu aucun !). Pas de secteur audiovisuel, donc ni prêt de CD ni prêt de DVD ! Pas d’espace numérique (aujourd’hui une des premières causes de fréquentation des bibliothèques).

Il semblerait que la politique d’acquisition des collections soit réduite à sa plus simple expression : peu d’ouvrages récents, aucune mise en  valeur des collections. Des vitrines désuètes dans lesquelles sont présentés des livres écornés, abimés.

Dans le jargon bibliothéconomique on parle de « désherbage ».

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Le deuil de l’été

 

Philippe PILOTIN

-C’est un 20 septembre que l’été rend toujours l’âme

Et que l’automne nous prive ainsi de sa flamme.

Cette triste nouvelle jette instantanément un froid

Que le temps devient triste et maussade à la fois.

La période de deuil dure environ six mois.

Octobre fait grise mine et se demande pourquoi.

Le thermomètre affiche un moral proche de zéro

Et ne peut cacher son amertume sous un sombréro.

Les feuilles pour manifester toute leur compassion

Errent ça-et-là dans un interminable tourbillon

Sous l’effet d’un vent glacial venu loin d’ailleurs

Pour ne point rater l’heure du sermon salvateur.

Les champignons armés de parapluies multicolores

Composent en maître de l’art le tout nouveau décor

Virant tantôt au jaune tantôt au rouge via le marron

Attirant ainsi l’œil aguerri des ramasseurs en action.

Les six précieux numéros du cadran de l’horloge

Au grand dam du désespoir ne lui font aucun éloge.

En lieu et place de l’habituelle minute de silence,

Ils affichent une heure de moins en signe de doléances.

Le roi soleil n’arbore plus son éclatant sourire de délice

Et dame nature abasourdie se pare du teint de la jaunisse.

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L’île-aux-Chiens, un émouvant récit de vie

Par Laurence Aurry —


 L’île-aux-Chiens est un beau roman de Michel Dural. L’île-aux-Chiens est une petite île de l’archipel de Saint Pierre et Miquelon. C’est là, en 1914, que débute le récit. Dans toute la première partie du roman, un récit au passé, raconté sous la forme d’un journal par un narrateur omniscient, nous permet de suivre Angélique. Elle vient d’épouser Etienne Lamour, elle porte son enfant et elle attend avec angoisse et impatience son retour du front. Elle mettra au monde un petit garçon, Pierre, dont nous observons les premiers pas jusqu’en 1918, date de son départ pour la Bretagne. L’écriture sobre et précise nous donne à voir avec force cette époque révolue et ce lieu étrange de ces colonies d’outre atlantique. Elle nous donne surtout à pénétrer dans des consciences déchirées par les préjugés, l’abandon et le désespoir. Toute cette première partie nous offre un récit bouleversant où les personnages sont saisis de plein fouet par le malheur et l’acharnement du destin, comme si le « Barber », ce terrible vent canadien qui gèle tout ce qu’il touche, prenait plaisir à les tourmenter.

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Flagrant malaise dans la littérature…


— Par Robert Berrouët-Oriol —

Linguiste-terminologue

Montréal, le 28 mai 2012

Défaillance,   dérangement, désagrément, désarroi, éblouissement, embarras… On dispose d’une ample récolte de synonymes pour exprimer la notion de ‘’malaise’’. À la suite des textes publiés ces trois derniers mois, sur différents sites et journaux, par de jeunes poètes haïtiens et qui illustrent l’actuel malaise dans la littérature, voici que paraît aujourd’hui, sur le site Potomitan, la  »Lettre ouverte à un poète que j’apprécie : Georges Castera »1. Cette nouvelle lettre ouverte porte la signature du poète Anivince Jean-Baptiste et elle est d’abord parue sur le site Haïti News 2000. Le document que publie aujourd’hui Potomitan m’a été aimablement acheminé, hier, par le jeune poète Claude Sainnécharles.

Dans le champ littéraire haïtien, cette nouvelle interpellation publique des écrivains ‘’aînés’’ par les jeunes poètes mérite une attention critique et elle intervient en écho à la nécessaire et rigoureuse appréciation de la gestion autocratique et préjudiciable de l’extraordinaire activité dénommée ‘’Étonnants voyageurs – Haïti’’ déjà mise en cause publiquement. Au jour d’aujourd’hui, les responsables de ‘’Étonnants voyageurs – Haïti’’ n’ont pas consenti à répondre avec hauteur de vues et de manière responsable aux jeunes poètes haïtiens sur certaines questions de fond qu’ils ont courageusement soulevées.

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Controverse cubaine entre le tabac et le sucre

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Fernando Ortiz le père du concept de « transculturation »

 


« Eblouissant ». Quel est ce livre « éblouissant » dont parle Charles Dinje, chargé de la Page Livres de l’Amateur de Cigare (mars-avril 2012, 6,50 euros), la bible du cigare ? Un roman inédit, un livre pratique sur le havane, un beau livre sur Cuba ? Non. D’une œuvre majeure du grand anthropologue cubain Fernando Ortiz, parue en 1940 et traduite pour la première fois en français !

Ce livre « éblouissant », s’il n’est pas un livre de plus sur le cigare ou le tabac, étudie de manière magistrale, comme personne ne l’a fait, le tabac (tabaco) à Cuba, en le considérant avec le sucre comme composantes de l’identité cubaine. Il est un livre fondamental pour comprendre le cigare cubain, dit-on chez les aficionados a los habanos. D’où la chronique de Charles Dinje.

Controverse cubaine entre le tabac et le sucre de Fernando Ortiz (La Havane, 1881-1969) est la traduction de Contrapunteo cubano del tabaco y el azucar, paru pour la première fois à Cuba en 1940 et réédité (augmenté) par le Consejo nacional de Cultura en 1963 (La Habana, 540 p, avec une introduction de Bronislaw Malinowski, datée Yale University, julio 1940).

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Les lettre haïtiennes, vivement, de la France à l’Italie

Reportage

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De gauche à droite: James noël, Robert Berrouët-Oriol, Yves Chemla, Jean-Durosier Desrivières, Anthony Phelps et Joël Des Rosiers, Salon du livre de Paris, stand de la Librairie du sud

 Par Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

 Montréal, le 4 avril 2012

Il est des temps de haute-lisse qui se tissent et s’engravent rive gauche de la mémoire… Mon dernier séjour en Europe, à l’aune d’une hospitalité de tous les instants, a été de cette cuvée –et je me réjouis que les Lettres haïtiennes en fussent le faîtage. Avec bonheur, j’ai encore une fois arpenté les venelles du Salon du livre de Paris, Porte de Versailles, du 16 au 19 mars 2012. Auteur invité par la Région Bretagne à la version 2012 de ce Salon, j’y étais, au stand de cette Région, en dédicace pour le livre « Poème du décours » (Éditions Triptyque et Prix du livre insulaire 2010 à Ouessant, France), ainsi que pour la réédition de « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Éditions du CIDIHCA et Éditions de l’Université d’État d’Haïti).

 

D’aucuns posent que le Salon du livre de Paris est l’un des deux plus importants événements mondiaux de ce champ… Alors faut-il parler chiffres ?

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« Les Neufs Piliers de la sagesse », de Jean-Pierre MAURICE

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Présentation

Socrate, Jésus, Bouddha, Goethe, Mahomet, Aimé Césaire…
« Les Neuf Piliers de la sagesse » présente les réflexions pertinentes d’hommes et de femmes qui ont gravé la mémoire collective de l’Humanité. Ces pensées des sages d’hier et d’aujourd’hui vous accompagneront sur les chemins de la connaissance, mettant ainsi à votre service l’essentiel des secrets de la vie. En rassemblant ces fragments du monde, l’auteur va vous faire gravir les marches pour accéder aux 9 piliers de la sagesse. Ce parcours initiatique des philosophies antiques au développement personnel est un guide sur la voie qui mène l’homme vers la réussite de soi-même et de sa vie. Les Neuf Piliers de la sagesse : un livre de Jean-Pierre MAURICE.

Né dans une île amoureuse du vent, la Martinique, Jean-Pierre Maurice est l’auteur d’une “lettre à un jeune qui veut réussir” et d’un audio sur Aimé Césaire. Cet amoureux de la vie, passionné de vulgarisation, se tourne aujourd’hui vers un humanisme universel et bienveillant, publiant, pour ses 60 ans, le livre “Les Neuf Piliers de la sagesse”. Son message est également présent par le biais de son site Internet où il anime causeries et conférences sur la sagesse et l’art de la vie.

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Le « Nous » haïtien / Le « Nous » martiniquais ?

— Par Jean-Durosier Desrivières —

Note : Cet article a été publié initialement dans les colonnes du quotidien haïtien Le Nouvelliste au cours de l’année 2001 sous le titre originel : « Une mémoire en colère ». Il est diffusé ici, pour mémoire, après de légères corrections et amputations.

 

Le Comité Devoir de Mémoire Martinique, sous l’égide de Médecins du Monde, a fait de l’Atrium de Fort-de-France, le 2 mai 2001, le siège d’un colloque intitulé : « Histoire et mémoire des sociétés post-esclavagistes… ou … La révolte contre l’oubli ». C’est dans ce cadre que s’inscrit « Une mémoire en colère », la communication de l’historien haïtien Pierre Buteau, laquelle a interpellé ses pairs historiens, politiciens, professeurs d’histoire et amateurs curieux des problématiques de la région caribéenne, constituant l’humble assistance. Comment saisir les rapports que les haïtiens entretiennent avec les lieux de mémoire, avec le passé et le présent ? Telle est la question fondamentale qui, selon nous, se dégage de l’exposé du « mémorialiste ».

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Eïa pour notre « Frère Volcan » : Vincent Placoly 21 janvier 1946 – 6 janvier 1992

  — Par Rodolf Étienne —

Un mémoire simple de Vincent Placoly consisterait à le présenter comme suit : enseignant, écrivain, dramaturge, militant politique, membre fondateur du Groupe Révolutionnaire Socialiste (GRS).

Une telle présentation expliquerait à elle seule, à bien des égards, le silence qui règne autour de l’œuvre de Vincent Placoly. Pourquoi une telle affirmation ? Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer la Martinique du temps de Placoly et notamment la Martinique politique. On l’a dit Vincent Placoly était militant au sein du GRS, une organisation politique d’obédience trotskiste, qui donc d’extrême gauche. Mais encore ?

Gilbert Pago, membre co-fondateur du GRS, dans une présentation posthume de son ami nous dit : « En 1969, de retour en Martinique,Vincent Placoly partage avec ses camarades de Génération 46, les déconvenues du Parti Communiste Martiniquais« .

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Brève exploration de la littérature en langue créole en Haïti, de ses balbutiements à son affirmation

— Par Jean Durosier DESRIVIERES —

  

Préambule

Compte tenu de l’ensemble des œuvres publiées depuis deux décennies par des auteurs haïtiens, tant en Haïti qu’à l’étranger, on peut aisément soutenir l’idée que la littérature haïtienne s’écrit dans plusieurs langues aujourd’hui: français, créole, anglais, espagnole… Bien entendu, même s’il est nécessaire de le signaler, on n’est pas obligé de s’attarder sur cette idée pour aborder convenablement l’histoire littéraire haïtienne. En revanche, on est forcé désormais de parler, sans l’ombre d’aucun doute, d’une littérature qui s’écrit dans les deux langues officielles du pays, à savoir: le français et le créole. Donc, explorer la littérature en langue créole en Haïti, c’est considérer un versant de la littérature haïtienne longtemps négligé et qui s’affirme de plus en plus comme l’une de ses composantes effectives, réelles, mesurables et incontournables. Avant de retracer pour vous le parcours de la littérature en langue créole en Haïti, j’aimerais d’abord exposer quelques grandes lignes de l’histoire littéraire haïtienne elle-même. Cet exposé vous permettra de mieux comprendre la situation de la littérature en langue créole qui est toujours en construction en Haïti, dans un contexte

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Aménagement du créole et du français en Haïti


creole
L’ÉCOLE EN CRÉOLE, EN FRANÇAIS, DANS LES DEUX LANGUES ?
ÉTAT DE LA QUESTION ET PERSPECTIVES

Table-ronde, Association des enseignants haïtiens du Québec (AEHQ)
Montréal, le 16 octobre 2011 (version écourtée et remaniée : 30 novembre 2011)

Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue

Pour contribuer de manière constructive à la réflexion de la table-ronde d’aujourd’hui dont le thème est « L’école en créole, en français, dans les deux langues ? État de la question et perspectives », je caractériserai la situation linguistique haïtienne sur quatre axes principaux. Ces quatre axes analytiques constituent la charpente à partir de laquelle notre vision est construite, et cette vision légitime et donne lieu à une perspective centrale –l’aménagement des deux langues officielles d’Haïti à l’échelle du pays tout entier. Et c’est à partir de cette vision centrale que j’interrogerai le sous-ensemble « aménagement des langues officielles dans le système éducatif national ». Le fil conducteur de ma pensée sera donc le suivant : l’État haïtien doit-il adopter sa première législation contraignante en matière d’aménagement linguistique afin de légitimer et d’encadrer l’aménagement et du créole et du français dans le système éducatif national, de la maternelle à l’enseignement secondaire, universitaire et technique ?

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Desrivières, poète créole.

— Par Michel Herland.—

 Jean-Durosier Desrivières dont les lecteurs connaissent peut-être déjà le recueil précédent, « Bouts de ville à vendre » (1), qui racontait la ville de Port-au-Prince (d’avant la catastrophe du 12 janvier 2010) en des vers jubilatoires, nous offre maintenant un choix de poèmes redoublés, la version créole (que l’on doit croire originale) sur la page de gauche faisant face à la version française à droite (2). L’exercice qui consiste à produire deux poèmes qui disent la même chose (ou à peu près) en des langues différentes est évidemment risqué.

Quoi qu’il en soit, cet exercice dont Robert Berrouët-Oriol, dans sa préface, rappelle qu’il a déjà été tenté par Georges Castera dans « Tanbou kreyol – Tambour créole », nous pousse inévitablement à comparer les vertus des deux propositions poétiques, celle en créole haïtien et celle en français standard. Qu’on en juge :

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«Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée»

André Lucrèce publie et répond à e-Karbé

Source: e-Karbé

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Le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon donne aujourd’hui lieu à nombre de rencontres autour de son œuvre et de ses idées. André Lucrèce, sociologue et écrivain martiniquais, publie un essai, Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, afin de dénoncer «l’oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon». Parmi les objectifs de cet ouvrage, la nécessité affirmée de l’auteur de ramener la philosophie de Fanon au centre des débats et ainsi de les nourrir au moyen d’arguments tirés de l’analyse de ses écrits. S’intéresser de près aux discours, à la pensée et aux récits de Frantz Fanon en vue, principalement, de mieux appréhender «la réalité antillaise». André Lucrèce, dont les recherches portent principalement sur les phénomènes liés à la modernité dans les sociétés antillaises, propose, avec Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, une nouvelle réflexion sur l’œuvre du penseur engagé. Il répond aux questions d’e-Karbé.

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Frantz Fanon, la colère vive

— Par Louis-Georges Tin —

-__  « Sur le colonialisme, sur les conséquences humaines de la colonisation et du racisme, le livre essentiel est un livre de Fanon : Peau noire, masques blancs. Sur la décolonisation, ses aspects et ses problèmes, le livre essentiel est un livre de Fanon : Les Damnés de la terre. Toujours, partout, la même lucidité, la même force, la même intrépidité dans l’analyse, le même esprit de « scandale démystificateur ». » Cet hommage d’Aimé Césaire dit assez la place qu’occupe Frantz Fanon (1925-1961) dans la conscience universelle. Dans le panthéon révolutionnaire qui s’élabore dès le milieu des années 1950, Fanon se situe clairement aux côtés d’Ho Chi Minh, de Che Guevara et des autres grandes figures du monde nouveau. Les Damnés de la terre (Maspero, 1961) ont été, et sont encore, la Bible des mouvements tiers-mondistes.

Mais Frantz Fanon gêne, aujourd’hui comme hier. En décembre 1961, quand la nouvelle de son décès parvint à Paris, la police commença à saisir les exemplaires des Damnés de la terre, qui « menaçaient la sécurité de l’Etat ».

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