Catégorie : Arts de la scène

Jean-Pierre Fiard, celui qui savait lire les forêts de Martinique

MADININ’ART | HOMMAGE — PATRIMOINE NATUREL

Disparu le 23 octobre 2026, le botaniste et écologue Jean-Pierre Fiard laisse derrière lui un héritage scientifique et humain considérable.

Son travail sur les forêts des Petites Antilles a contribué à renouveler notre connaissance du patrimoine naturel martiniquais et à éclairer les enjeux de sa préservation.

Nouveautés mai 2025

La Martinique vient de perdre l’un de ses grands connaisseurs du monde végétal. Jean-Pierre Fiard, botaniste, écologue et ancien professeur de philosophie, est décédé le vendredi 23 octobre 2026. À travers ses recherches, ses observations de terrain et son engagement pour la transmission des savoirs, il avait consacré une part essentielle de sa vie à comprendre les forêts de Martinique et, plus largement, celles des Petites Antilles, cet arc insulaire de la Caraïbe orientale.

Une forêt qui raconte l’histoire d’un territoire

Pour Jean-Pierre Fiard, la forêt ne constituait pas seulement un assemblage d’arbres et d’espèces végétales. Elle était un milieu vivant, façonné par le climat, les reliefs, les sols, mais également par plusieurs siècles d’activités humaines. Comprendre la végétation martiniquaise, c’était aussi comprendre les transformations de l’île, depuis les défrichements agricoles jusqu’aux processus de régénération naturelle. 

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Philippe « Pipo » Burdy : Le bassiste qui fait battre le coeur de la Martinique

– par Rodolf Etienne

Philippe « Pipo » Burdy, bassiste martiniquais, a accompagné quelques-unes des aventures musicales les plus fécondes de son territoire, de Marius Cultier à Dédé Saint-Prix, de Marcé à Kali ou Claude Césaire aux musiques traditionnelles réinventées aux racines du jazz créole. Retour sur un parcours singulier qui raconte aussi un demi-siècle de transformations de la musique martiniquaise.

La basse, cet instrument qui tient la musique debout

Dans un orchestre, certains instruments attirent immédiatement l’attention. Le chanteur capte les regards, le soliste impose ses phrases, le tambour entraîne la danse et les cuivres donnent à la musique son éclat. La basse, subtile, travaille dans une relative discrétion. Pourtant, elle occupe une position essentielle : elle relie la pulsation à l’harmonie, soutient le mouvement, organise les appuis et donne à l’ensemble sa profondeur.

Philippe « Pipo » Burdy appartient à la famille des musiciens dont la présence – la basse – transforme la manière dont l’orchestre respire.

Depuis les années 1970, son nom traverse plusieurs univers artistiques qui ont contribué à façonner la musique martiniquaise contemporaine. Jazz, biguine, bèlè, chouval bwa, musique populaire créole, créations acoustiques et expérimentations collectives jalonnent une carrière dont les traces se retrouvent aussi bien dans les archives discographiques que dans la programmation des salles et des manifestations culturelles.  Lire Plus

« L’Intervalle » : La Martinique danse au-delà des frontières

  • par Rodolf Etienne

Du 27 au 31 octobre 2026, la Biennale de danse de Martinique revient sous une forme renouvelée, portée par La Maison Rouge et la chorégraphe Christiane Emmanuel.

Entre bèlè, danses urbaines, créations contemporaines et rencontres internationales, cette renaissance interroge la place des femmes dans les arts, la transmission des patrimoines corporels et les conditions d’existence de la création chorégraphique martiniquaise.

La danse comme territoire de liberté

Il existe des histoires que les mots ne suffisent pas à raconter. Des blessures que le langage peine à nommer, des mémoires qui se transmettent sans archives, des émotions qui traversent les générations et trouvent dans le mouvement une forme singulière d’expression. La danse appartient à ces langages essentiels. Elle engage le corps tout entier dans une expérience qui peut devenir esthétique, sociale, intime et politique.

En Martinique, cette dimension prend une résonance particulière. Le mouvement dansé participe d’une histoire où se rencontrent les héritages africains, les bouleversements de la société coloniale, les pratiques populaires, les créations urbaines et les expérimentations contemporaines.

Du bèlè aux écritures chorégraphiques les plus récentes, les corps demeurent des lieux de transmission, d’invention et parfois de résistance.

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Simon Chivallon : « Les Passantes », d’Antoine Pol au jazz contemporain

– par Rodolf Etienne

Il est des rencontres qui ne durent qu’un instant et dont le souvenir nous accompagne toute une vie.

Avec Les Passantes, le pianiste de jazz Simon Chivallon revisite l’une des chansons les plus bouleversantes du répertoire de Georges Brassens.

Sans paroles, porté par un trio et un quatuor à cordes, Simon Chivallon redonne à cette méditation sur le temps, le désir et les rendez-vous manqués une nouvelle existence musicale. Une traversée sensible de plus d’un siècle de poésie et de chanson française. Simon Chivallon — Alone Again (A Personal Songbook)

Une chanson qui traverse les générations

Derrière la mélodie popularisée par Georges Brassens se tient d’abord un poème écrit en 1911 par Antoine Pol, alors jeune homme de vingt-trois ans. Publié en 1918 dans le recueil Émotions poétiques, le texte aurait pu demeurer dans les marges de l’histoire littéraire. C’était compter sans une rencontre. Celle du jeune Georges Brassens avec le recueil d’un poète presque inconnu. En 1942, chez un bouquiniste, le futur chanteur découvre ces vers. Il en perçoit immédiatement la force, mais mettra des années à leur donner une forme musicale qui le satisfasse.  Lire Plus

Eric Dolphy ou quand l’avant-garde faisait parler les instruments

— Par Rodolf Étienne

Il n’aura fallu que quelques années à Eric Dolphy pour déplacer les frontières du jazz.

Saxophone alto, flûte, clarinette basse : entre ses mains, chaque instrument semble disposer de sa propre langue.

Tantôt chant, tantôt cri, rire, murmure ou phrase éclatée, son improvisation demeure immédiatement reconnaissable plus de soixante ans après sa disparition.

Le 25 septembre 2026, Blue Note a d’ailleurs remis en circulation Out to Lunch! dans sa nouvelle série vinyle « Essential », signe supplémentaire de l’étonnante modernité de cette musique enregistrée en 1964.

De Los Angeles vers un autre jazz

Eric Allan Dolphy naît le 20 juin 1928 à Los Angeles. Il grandit dans un environnement où la musique occupe rapidement une place centrale. La chronologie conservée par la Library of Congress indique une première apparition connue sur disque avec l’orchestre de Roy Porter en 1949. Il sert ensuite dans l’armée américaine, fréquente en 1952 l’U.S. Naval School of Music, puis revient à Los Angeles poursuivre sa carrière. Sa maison familiale devient un de ces lieux informels où les musiciens travaillent, expérimentent et se rencontrent.   Lire Plus

Marc Alie : L’architecte des mots et des formes

  • par Rodolf Etienne

Écrivain, architecte, musicien et pionnier des radios libres, Marc Alie a traversé plusieurs décennies de création martiniquaise en refusant de s’enfermer dans une seule discipline.

Derrière les édifices qui ont marqué le paysage de l’île se découvre un auteur dont l’œuvre littéraire mérite aujourd’hui d’être relue. 

Marc Alie appartient à la catégorie d’artistes dont le parcours oblige à franchir les frontières habituelles entre les disciplines.

Né en 1944 à Nausselles, dans l’Aveyron, et décédé le 8 novembre 2020 à Paris, Marc Alie a consacré une part essentielle de son existence à la Martinique, où son nom demeure associé à plusieurs réalisations architecturales. Chez lui, la création semble avoir répondu à une nécessité constante : inventer des formes, interroger le monde et proposer d’autres manières de l’habiter.

L’architecture comme expérience de liberté

Diplômé de l’École spéciale d’architecture, Marc Alie a été marqué par les recherches de Claude Parent et Paul Virilio, notamment autour de la fonction oblique, qui entendait bouleverser les conceptions traditionnelles de l’espace. Inscrit à l’Ordre des architectes en Martinique dès 1973, il a participé à plusieurs projets importants, parmi lesquels les logements sociaux des Hauts du Port, à Fort-de-France, et le centre administratif de l’ancien conseil général.  Lire Plus

Café théâtre au Jeu de Paume

Fête des mères : Diptyque familial

— par Selim Lander — Le Jeu de Paume à Aix-en-Provence a accueilli une pièce déjantée comme on en voit d’ordinaire dans des salles plus populaires, sans vexer pour autant le public habituel du théâtre qui a applaudi bruyamment. Il faut dire que l’histoire est bien menée, avec des rebondissements, des répliques à l’emporte-pièce et que les acteurs s’amusent bien (ce qui est la condition pour nous amuser), à commencer par Florence Janas, une vraie bête de scène qui ajoute à son texte force mimiques et virevoltes.

Diptyque en effet puisque composé de deux parties séparées par un entracte. Cela commence donc par une fête des mères ratée en l’absence de la mère pour un motif tellement grave que l’amie de la celle-ci, Florence et le plus jeune fils, Ziggy, auront beaucoup de mal à l’expliquer aux deux autres enfants, Gabriel et Louise. Un cinquième personnage, Arthur, le compagnon de Gabriel, vient compléter le tableau. Interprété par Cyril Metzger, il est plein de drôlerie, quoiqu’avec moins d’exubérance que Florence Janas (Florence dans la pièce).  Lire Plus

L’éphéméride du 13 octobre

Naissance à Kiffa, en Mauritanie, d’Abderrahmane Sissako le 13 octobre 1961

Abderrahmane Sissako (également crédité sous le nom de Dramane Sissako) est un cinéaste et producteur mauritanien, né le 13 octobre 1961 à Kiffa.

Le thème principal de son œuvre est l’exil, le déplacement. Il peint l’Afrique avec des touches autobiographiques. En 2015, il devient le premier cinéaste africain à obtenir le César du meilleur réalisateur pour Timbuktu.

Il fait partie, avec Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambety, Souleymane Cissé, Idrissa Ouedraogo et Alain Gomis, des rares cinéastes d’Afrique subsaharienne à avoir obtenu une notoriété internationale.

Biographie
Peu de temps après sa naissance, sa famille émigre au Mali son pays d’origine, où il suit une partie de ses études primaires et secondaires. Après un court retour en 1980 en Mauritanie, il part en Union Soviétique, à Moscou, où il étudie le cinéma au VGIK (Institut fédéral d’État du cinéma) de 1983 à 1989.

Au début des années 1990, Abderrahmane Sissako s’installe en France. En 1994, il obtient, lors du 4e Festival du cinéma africain de Milan, le Prix du meilleur court métrage pour son film Octobre.  Lire Plus

Au TNB, Ingmar Bergman relu par Arthur Nauzyciel

Scènes de la vie conjugale, anatomie d’un couple en crise

— Par Janine Bailly —

Mots pour maux… Elle est avocate, spécialisée dans les problèmes de divorces, il est universitaire, tous deux sont censés maîtriser le langage, connaître la valeur des mots, et savoir dire les choses au plus juste. Mais les mots sont versatiles. Tantôt servant la vérité, tantôt la déguisant ou la travestissant, ils laissent place à des silences, lourds de non-dits, et qui peuvent s’avérer plus révélateurs que la parole.

Or, Scènes de la vie conjugale est tout à la fois un théâtre de parole et de non-dits, qui laisse le spectateur combler les vides et les ellipses, reconstituer, à partir du texte de Bergman, et peut-être de son propre vécu, ce que le dialogue suggère. Car si le couple de Marianne – Bénédicte Cerutti – et Johan – Laurent Poitrenaux – porte les stigmates des années soixante-dix, époque dans laquelle l’incarnation le fait vivre, s’il existe bien dans sa singularité, il se fait dans un même mouvement intemporel, universel, et donc archétypal. Nombre d’œuvres littéraires et cinématographiques disent aujourd’hui cette difficulté à vivre ensemble, à trouver entre l’homme et la femme un authentique terrain d’entente, à résister à la prise de pouvoir de l’un sur l’une.  Lire Plus

L’éphéméride du 6 octobre

Le premier film parlant, Le Chanteur de jazz, est présenté aux USA le 6 octobre 1927.

Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer) est un film musical américain réalisé par Alan Crosland, sorti en 1927.

Il est communément considéré comme le premier film parlant, plusieurs scènes chantées et un monologue étant insérés au milieu des scènes muettes (qui restent cependant les plus nombreuses). Mais c’est un film sonore.

Synopsis :
Le chanteur Rabinowitz furieux a trouvé son fils Jakie en train de chanter dans un bar, et l’a chassé du foyer familial.
Quelques années plus tard, Jakie est chanteur de jazz dans un night-club et se fait appeler Jack Robin. Il est remarqué par l’actrice Mary Dale, qui se propose de l’aider à faire carrière.
Et en effet, Jakie est propulsé sur les scènes de Broadway pour y faire un nouveau spectacle, un spectacle qui ferait de lui à coup sûr la nouvelle vedette de la chanson sous les traits d’un blackface. Mais le concert tombe le soir de Yom Kippour, et le père de Jakie, très malade, est incapable de chanter à la synagogue.  Lire Plus

Une rentrée italienne au Pavillon Noir

— par Selim Lander — Le Pavillon Noir, le lieu d’Angelin Preljocaj à Aix-en-Provence, un bâtiment de l’architecte Rudy Ricciotti, accueille régulièrement des danseurs extérieurs à la compagnie. Trois spectacles venus d’Italie ont marqué le lancement de la saison 2026-2027, dont deux « seuls en scène » dont il sera question ici (1). « Seuls en scène » et non solos, en l’occurrence, la danse n’étant pas le propos principal des artistes concernés.

R.Osa, la performance de Sylvia Gribaudi

Pourquoi ce titre, R.Osa, et pas seulement rosa, la rose, métaphore de la jeune fille… en fleur ? Sans doute faut-il deviner « oser » dans « osa », car Sylvia Gribaudi exhibe sans complexe un corps « augmenté » selon l’expression délicate d’une critique, mais qu’en d’autres temps on aurait qualifié de monstrueux. Autant dire que même si l’on se croyait prévenu, pour avoir vu l’affiche, l’apparition de S. Gribaudi provoque un choc. D’autant que le spectacle découpé en une dizaine « d’exercices » peine à démarrer. Ou bien est-ce simplement le temps nécessaire pour s’accoutumer ? Car très vite on est dans le bain, on se laisse prendre par une interprète à l’entrain débordant, qui a la bonne idée de détendre l’atmosphère en invitant bientôt son audience à esquisser quelques mouvements de danse.  Lire Plus

« Edith et moi » : une voix face au silence

Les 8, 9 & 10 octobre à 19h30 au T.A.C.

— Par Hélène Lemoine —

Avec Edith et moi, Yaël Rasooly mêle théâtre, chant et marionnette autour d’une chanteuse qui, après un événement douloureux, se retrouve incapable de jouer et de chanter. Immobile sur scène, elle semble avoir perdu sa voix. Une figure inattendue vient alors l’aider à sortir de cet état : Édith Piaf, représentée par une marionnette à taille humaine.

La relation entre les deux personnages constitue le fil du spectacle. Piaf devient tour à tour partenaire, guide et double de la chanteuse. Elle la pousse à se relever, à chanter et à reprendre possession de la scène. Peu à peu, leurs histoires se font écho, jusqu’à brouiller les frontières entre la comédienne et son personnage.

Cette présence de Piaf introduit une dimension à la fois musicale et burlesque. Son tempérament fougueux contraste avec l’immobilité initiale de la chanteuse. Le répertoire de la Môme, notamment L’Hymne à l’amour et La Vie en rose, accompagne le récit et participe à son évolution.

La marionnette occupe une place centrale dans cette construction.  Lire Plus

Rosanie Soleil et les femmes de l’insurrection du Sud

-Par Rodolf Etienne

Le 7 octobre 2026, à 19h30, la salle Frantz Fanon à Tropiques Atrium, à Fort-de-France, remet sur la scène martiniquaise Rosanie Soleil, texte d’Ina Césaire mise en scène par Arielle Bloesch, consacré à l’une des femmes de l’Insurrection du Sud de 1870.

Mais ici, plutôt que de reconstituer la révolte, la dramaturge choisit la maison, les femmes, leurs silences, leurs paroles et leurs gestes. Une autre façon d’écrire l’Histoire.

Il y a l’histoire que l’on raconte depuis la place publique, celle des affrontements, des chefs, des proclamations, des condamnations. Et puis il y a celle qui entre dans les maisons, circule entre les femmes, se murmure, se dissimule et parfois se transmet sans jamais prendre la forme officielle d’une archive. C’est cet espace qu’Ina Césaire choisit pour installer Rosanie Soleil et nous raconter une des pages les plus brillantes de notre histoire.

Rita Ravier, Laura Grandfils, Suzy Singa et Caroline Savard en interprètent les quatre personnages féminins. La création est portée par la Compagnie Les Berlick, coproduite par Tropiques Atrium et soutenue par ETC Caraïbe.  Lire Plus

L’éphéméride du 2 octobre

Joséphine Baker, à 19 ans, fait scandale en passant en première partie dans la Revue nègre au Théâtre des Champs-Élysées le 2 octobre 1925

La Revue nègre est un spectacle musical créé en 1925 à Paris. Par son succès et la personnalité de Joséphine Baker qui en est l’étoile montante, elle permet entre autres une diffusion plus large de la musique de jazz et de la culture noire en Europe.

Histoire
La création de la Revue nègre est liée à l’émergence en France de la musique dite de jazz : celle-ci débarque à Paris quelques mois avant la fin de la Première Guerre mondiale via les jazz-bands composés de soldats américains et influence des musiciens comme Igor Stravinsky (Ragtime, 1919), des poètes comme Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire ou Blaise Cendrars, des peintres, avant de se diffuser dans les dancings parisiens à travers la mode du charleston. D’autres styles sont révélés comme le Jazz Nouvelle-Orléans depuis Londres où Duke Ellington donna très tôt une série de concerts. D’autre part, au début des années 1920, les spectacles de music-hall et de cabaret se diffusent auprès d’un plus grand public.  Lire Plus

L’éphéméride du 1er octobre

Antonin Artaud publie le Manifeste du Théâtre de la Cruauté le 1er octobre 1932

Antonin Artaud, né à Marseille le 4 septembre 1896 et mort à Ivry-sur-Seine le 4 mars 1948, est un théoricien du théâtre, acteur, écrivain, essayiste, dessinateur et poète français.

La poésie, la mise en scène, la drogue, les pèlerinages, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, « un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit ».

Toute sa vie, il a lutté contre des douleurs physiques, diagnostiquées comme issues de syphilis héréditaire, avec des médicaments, des drogues. Cette omniprésence de la douleur influe sur ses relations comme sur sa création. Il subit aussi des séries d’électrochocs lors d’internements successifs, et il passe les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques, notamment celui de Rodez. Si ses déséquilibres mentaux ont rendu ses relations humaines difficiles, ils ont aussi contribué à alimenter sa création. Il y a d’un côté ses textes « fous de Rodez et de la fin de sa vie », de l’autre, selon Évelyne Grossmann, les textes fulgurants de ses débuts.  Lire Plus

En Uganda, Weasel Manizo et Goodlyfe sur le devant de la scène

– par Rodolf Etienne

COUP DE CŒUR | OUGANDA | MUSIQUE

À peine 2 minutes 39. Il n’en faut guère davantage à Weasel Manizo et Redempter pour rappeler qu’à Kampala, la musique populaire continue de se fabriquer dans un formidable brassage de mélodie, de rythmes caribéens et d’Afropop.

Avec « Knocking », sorti à la fin de septembre 2026, Weasel ne signe pas un album au sens strict, mais un single qui nous donne envie d’ouvrir plus largement les portes de la musique ougandaise.

Knocking – 2’39 » pour retrouver tout le groove Weasel

Il y a d’abord cette voix et cette manière immédiatement est-africaine de laisser la mélodie respirer au-dessus du rythme. « Knocking », interprété par Weasel avec Redempter, est apparu le 25 septembre 2026 sur le canal Radio & Weasel Goodlyfe. Sa sortie commerciale est annoncée au 28 septembre. Les crédits disponibles indiquent Seguya Douglas comme compositeur. Précisons « Album coup de cœur » : nous consacrons cette rubrique à un single, et surtout à ce qu’il nous permet d’entendre derrière lui. Car écouter Weasel aujourd’hui, c’est nécessairement entendre une absence.  Lire Plus

Lu Wilson ou le reggae comme géographie

– par Rodolf Etienne

Il y a des musiciens que l’on raconte par une discographie. Pour Lu Wilson, il faudrait presque commencer par une carte.

Bouaké, la Martinique, Londres et Brixton, Kingston, Tahiti. Afrique, Caraïbe, Europe, Jamaïque, Pacifique : autant de lieux traversés, habités parfois pendant des années, qui ont fini par dessiner un parcours où le reggae est vécue comme une langue commune.

Revenu en Martinique pour un séjour de plusieurs mois, le chanteur et guitariste entend en profiter pour ouvrir – écrire – une nouvelle étape de son histoire et de son parcours musical. Pas simplement revenir jouer dans son pays, reprendre contact, reconstruire une formation, enregistrer, rencontrer, en un mot, partager.

Né en Afrique, grandi en Martinique

Lu Wilson est né à Bouaké, en Côte d’Ivoire, de parents martiniquais. La Martinique est ensuite l’île où il grandit, fréquente l’école, se fait des amis et construit une partie essentielle de son identité. Mais la trajectoire de Lu Wilson est justement faite de départs. Londres devient l’un de ses territoires de formation musicale et humaine. Brixton, avec ce que ce quartier a représenté pour les diasporas caribéennes, africaines et pour la culture reggae britannique, constitue une étape importante.  Lire Plus

Connie Han : Du feu aux 88 touches

– par Rodolf Etienne

Il suffit de quelques mesures pour saisir que Connie Han n’envisage pas le piano comme un meuble délicat installé au milieu d’un trio de jazz.

Héritière de McCoy Tyner et de Kenny Kirkland, la pianiste américaine Connie Han refuse de choisir entre tradition et affirmation de soi.

Avec Secrets of Inanna, elle est même allée chercher dans la mythologie sumérienne une figure féminine vieille de plusieurs millénaires.

🎶👉 https://www.youtube.com/watch?v=EgCS0K78Sps

Chez Connie Han, l’instrument frappe, répond, provoque, soutient, accélère. Le rythme n’accompagne pas son jeu. Il semble en constituer l’ossature. Cela n’a rien d’accidentel.

À 14 ans, Connie Han intègre la Los Angeles County High School for the Arts, d’abord en piano classique et chant avant de basculer vers le jazz.

Parmi les pianistes qu’elle revendique figurent McCoy Tyner, Kenny Kirkland, Mulgrew Miller, Hank Jones, Chick Corea et Wynton Kelly. Elle raconte d’ailleurs avoir développé une part essentielle de son langage auprès du batteur Bill Wysaske, son mentor à la Los Angeles County High School for the Arts.

Née à Los Angeles dans une famille de musiciens professionnels chinois, Connie Han commence le piano avec sa mère dès l’enfance.

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Cultier – Coltrane : Le jazz comme territoire

  • par Rodolf Etienne

Le 23 septembre 2026, John Coltrane aurait eu cent ans.

Le monde du jazz célèbre celui qui transforma le saxophone en instrument de recherche harmonique, spirituelle et presque métaphysique.

Depuis la Martinique, cet anniversaire invite à écouter en regard une autre aventure : celle de Marius Cultier, parce que chacun, dans son espace, a refusé de considérer le jazz comme une musique achevée.

Au moment où l’œuvre du pianiste martiniquais fait l’objet d’un important travail de transcription, de publication et de transmission, Marius Cultier apparaît plus que jamais comme l’un de ceux qui ont donné au jazz une langue caribéenne.

John Coltrane naît le 23 septembre 1926 à Hamlet, en Caroline du Nord. Il meurt en 1967, à seulement 40 ans, mais laisse derrière lui une œuvre qui aura suffi à transformer une partie du vocabulaire du jazz. Miles Davis, Thelonious Monk, Blue Train, Giant Steps, puis son quartet avec McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones constituent autant d’étapes d’une recherche qui ne semble jamais vouloir s’arrêter.

Puis vint A Love Supreme, enregistré en décembre 1964.

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John Coltrane : Un espace pour affronter histoire, mémoire et… silences

— Par Rodolf Étienne —

Chez Coltrane, improviser ne consiste pas à multiplier les notes.
Un siècle après sa naissance, John Coltrane demeure bien davantage qu’un géant du saxophone.

Il est l’un de ces artistes rares qui ont changé la forme de leur art parce qu’ils en avaient d’abord changé la nécessité.

Né le 23 septembre 1926 à Hamlet, en Caroline du Nord, John William Coltrane aurait cent ans en 2026.

Sa vie fut brève — à sa mort, en 1967, il n’à que quarante ans — mais son œuvre semble traversé plusieurs existences : le jeune musicien de rhythm and blues, le partenaire de Miles Davis, l’élève incandescent de Thelonious Monk, l’architecte de Giant Steps, le guide du quartet classique, puis l’explorateur spirituel des dernières années.

Chez Coltrane, la virtuosité n’est jamais le but : elle est le prix payé pour atteindre une parole plus vraie.

À chaque étape, Coltrane remet en jeu ce qu’il vient de conquérir. Il ne transforme pas seulement son style, il transforme jusqu’à sa raison de jouer. Voilà pourquoi sa musique nous atteint aujourd’hui encore.  Lire Plus

Patrimoine : Trois façons de transmettre la Martinique

– par Rodolf Etienne

Edouard Glissant, Eugène Mona, Valérie Kristofic. 

Le 21 septembre 1928 naît Édouard Glissant. Le 21 septembre 1991 disparaît Eugène Mona. Et le 21 septembre 2024 Fabienne Valérie Kristofic, autrice martiniquaise de littérature jeunesse s’éteint.

Il est des dates qui, sans l’avoir cherché, finissent par dessiner une géographie de la mémoire. Trois générations, trois univers, trois engagements, trois manières de dire le pays. 

Le 21 septembre en est une pour la Martinique. 

Chez Édouard Glissant, la Martinique devient pensée du monde. Né le 21 septembre 1928, l’écrivain, poète et philosophe élargit l’expérience antillaise jusqu’à en faire une réflexion sur la Relation, les langues, les mémoires, l’archipel et les identités qui ne se ferment pas sur elles-mêmes. L’œuvre d’Edouard Glissant interroge la façon dont nous entrons en relation avec les autres.

Chez Eugène Mona, cette même interrogation passe par le corps, la voix, le tambour et la flûte. Le chanteur martiniquais meurt le 21 septembre 1991, à 48 ans. Son œuvre plonge dans la langue créole, l’oralité, les mornes, les héritages africains, européens et indiens. Mona n’écrit pas un traité de l’identité martiniquaise : il la fait entendre.  Lire Plus

Mémoire : Les réseaux panafricains en Martinique

— Par Rodolf Étienne

Avant que Bob Marley, le reggae et les dreadlocks ne donnent au rastafarisme une visibilité mondiale, un formidable réseau d’idées circule déjà entre la Jamaïque, Trinidad, les Antilles françaises, Paris, Harlem et l’Afrique.

Garveyisme, panafricanisme, internationalisme noir, éthiopianisme, affirmation d’une identité noire et interrogation sur l’héritage africain traversent ces espaces.

Et la Martinique se trouve beaucoup moins éloignée de cette histoire qu’on pourrait le croire.

Bob Marley n’est pas à l’origine du rastafarisme. Lorsqu’il naît en Jamaïque en 1945, le mouvement possède déjà une histoire d’une quinzaine d’années. Le moment symbolique déterminant intervient le 2 novembre 1930, lors du couronnement à Addis-Abeba de Ras Tafari Makonnen sous le nom d’Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie.

Plusieurs prédicateurs jamaïcains interprètent alors l’événement dans une perspective biblique et afrocentrée. Parmi eux, Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds. Howell, qui avait séjourné aux États-Unis et fréquenté les milieux influencés par le garveyisme, devient l’une des principales figures de la première génération rastafari.

Marcus Garvey lui-même n’est pas rastafari. Mais sa pensée exerce une influence considérable sur les fondateurs du mouvement.  Lire Plus

L’éphéméride du 18 septembre

Patrick Saint-Éloi disparaissait le 18 septembre 2010

Patrick Saint-Éloi, né le 20 octobre 1958 à Pointe-à-Pitre et mort le 18 septembre 2010 (à 51 ans) au Moule, est un chanteur Guadeloupéen . Son nom reste associé au groupe Kassav’.

Patrick Saint-Éloi est le pionnier du Zouk Love et l’un des piliers du Zouk dans la Caraïbe. Il est l’auteur et l’interprète du titre West Indies, le premier tube de Zouk Love sorti en 1982 sur son 1er album solo Mizik Sé Lanmou (« la musique c’est de l’amour »).

Biographie
À l’âge de 17 ans, il quitte la Guadeloupe pour se rendre à Paris, afin de tenter sa chance dans la chanson. Des cours de chant lui permettront d’atteindre une maîtrise vocale certaine et une rencontre avec le bassiste Georges Décimus sera capitale pour son avenir. Il intègre le groupe Venus One dont il devient le chanteur attitré.

En 1982, il rejoint une formation qui deviendra plus tard le fameux groupe Kassav’. Il l’intègre tout d’abord en qualité de choriste. S’ensuivra une série de concerts marqués par le succès de ce groupe.  Lire Plus

Une langue que l’on transmet est un avenir que l’on offre

Entretien : Rodolf Étienne / Pierre-Roland Bain, KEPKAA

À Montréal, le Mois du Créole s’apprête à franchir un cap symbolique. 

Pour ouvrir cette année l’édition anniversaire du Festival créole de Montréal, deux grandes voix martiniquaises seront à l’honneur : Jocelyne Béroard et Tony Chasseur, réunis le 3 octobre au Monument-National de Montréal pour un spectacle associant zouk, biguine, kreyòl jazz et rythmes caribéens.

Du 3 au 30 octobre 2026, le KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisation — organise la 25e édition du Mois du Créole à Montréal, autour de la transmission, du dialogue, de la solidarité et de la diversité culturelle.
« Le festival, lancé à Montréal en octobre 2002, s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable de mise en relation des différents espaces créolophones. »

C’est l’un des fils rouges de cet entretien avec Pierre-Roland Bain, président du KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisationà l’occasion de cette 25e édition.

Rodolf Etienne : Dans le vif du sujet, et depuis votre position, vingt-cinq éditions après les débuts du Mois du Créole, où en est la langue créole ?   Lire Plus

L’éphéméride du 11 septembre

Création à Paris de l’opéra-rock Starmania le 11 septembre 1979

Starmania est un opéra rock cyberpunk de Michel Berger sur un livret de Luc Plamondon. Créée le 10 avril 1979 au Palais des Congrès de Paris, l’œuvre est devenue, au fil des productions et des enregistrements, l’un des spectacles les plus joués et les airs, parmi les plus célèbres du répertoire francophone.

Joué à différents endroits dans le monde, il a fait l’objet de multiples adaptations tant en anglais qu’en français. L’album studio original de 1978 s’est vendu à plus de 2,2 millions d’exemplaires rien qu’en France, se positionnant ainsi à la septième place des meilleures ventes d’albums au niveau national. Starmania fut l’un des tout premiers opéras-rock francophones entièrement chantés.

Le projet initial de Michel Berger, Angélina Dumas, qui date de 1974, est une réflexion autour du syndrome de Stockholm et de l’histoire de l’enlèvement de Patricia Hearst, qui en 1975, s’est finalement ralliée à la cause de ses ravisseurs. La Bande à Baader est aussi une référence de Starmania pour Plamondon et Balavoine. De par ses thèmes et le monde dépeint, Starmania rejoint le mouvement cyberpunk (terme cependant jamais utilisé par ses créateurs).  Lire Plus