La cercosporiose noire : une menace croissante pour la banane en Martinique et en Guadeloupe

— Par Jean Samblé —

La cercosporiose noire, ou maladie des raies noires, est l’une des maladies les plus redoutables pour les cultures de bananes, causée par le champignon Pseudocercospora fijiensis. Depuis sa détection en Martinique en 2010, cette maladie a fait des ravages dans toutes les zones de production bananière de la planète, représentant un véritable défi économique, écologique et social pour les producteurs locaux. Elle touche toutes les variétés de bananes cultivées, telles que la banane créole, les freyssinettes, les figues-pommes et le kokambou.

Les spores du champignon se propagent principalement par le vent, atteignant rapidement les différentes parcelles de bananiers. Bien que la cercosporiose noire ne présente aucun danger pour la santé humaine, son impact sur les cultures est considérable : elle attaque les feuilles des bananiers, entraînant une réduction de la qualité des fruits et, parfois, des pertes pouvant atteindre jusqu’à 25% de la récolte. En outre, la maladie réduit la durée de conservation des fruits, ce qui engendre des pertes particulièrement importantes lors de l’exportation.

La situation s’aggrave avec la diminution des rendements, surtout en raison de l’intensification des coûts de production, accentués par des normes jugées trop contraignantes. En seulement dix ans, la production locale de bananes en Guadeloupe et en Martinique a chuté de 250.000 tonnes à 186.000 tonnes, mettant en péril l’avenir de la filière. Les producteurs locaux, déjà confrontés à des défis économiques, sont désormais confrontés à une crise sanitaire majeure, avec la cercosporiose noire réduisant encore davantage la compétitivité des bananes françaises par rapport aux importations en provenance d’Amérique latine et d’Afrique.

Pour pallier à cette crise, plusieurs solutions sont envisagées. La gestion intégrée des maladies devient essentielle, et des projets comme BanaMosaïc ont été mis en place pour développer des approches de gestion territoriale collective. Le projet, qui s’est déroulé entre 2020 et 2023, a étudié la dynamique de dispersion du champignon à l’échelle du paysage et a démontré que certains éléments paysagers, comme les haies, peuvent jouer un rôle clé dans la limitation de la propagation de la maladie. En particulier, des haies hautes et larges limitent la contamination par les spores issues de la reproduction sexuée du champignon, tandis que des haies opaques à l’intérieur des parcelles réduisent la libération des conidies, les spores de la reproduction asexuée.

Malgré ces efforts, les solutions à court terme restent limitées. L’application de fongicides reste le principal levier de gestion, bien que les producteurs appellent à l’autorisation de l’utilisation de drones pour les traitements phytosanitaires, une technologie plus ciblée que les épandages aériens désormais interdits. À plus long terme, l’introduction de bananiers résistants à la cercosporiose grâce aux nouvelles techniques génomiques (NGT) pourrait offrir un espoir de lutte durable contre cette maladie, bien que ces variétés soient encore en attente de l’approbation de l’Union européenne.

Dans l’ensemble, la situation des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique est préoccupante. La filière, qui représente environ 22% du marché français, se trouve à un tournant. Si des mesures urgentes ne sont pas prises pour améliorer la compétitivité et la résilience des cultures face à la cercosporiose noire, les producteurs les plus vulnérables risquent de disparaître, emportant avec eux une part essentielle du patrimoine agricole local.